Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

dimanche 19 novembre 2017

Claude Halmos «Des décisions judiciaires très graves pour la reconstruction de l’enfant

Par Virginie Ballet — 

Pour la psychanalyste Claude Halmos, il «relève du bon sens» que la loi fasse une différence entre un jeune mineur et un adulte.

Claude Halmos
DR
Claude Halmos (photo DR), psychanalyste spécialiste de l’enfance (1), plaide pour l’instauration d’un seuil de présomption de non-consentement dans la loi, et analyse l’impact des récentes décisions de justice sur les jeunes victimes.
Peut-on parler de consentement chez une fille de 11 ans ?
Non. Cela me paraît complètement aberrant, d’autant plus lorsque l’on argue qu’elle était consentante parce qu’elle a suivi un adulte de son plein gré. Même en admettant que cela soit le cas, cela ne signifie en rien qu’elle consente à un rapport sexuel. C’est hallucinant d’imaginer qu’une enfant de cet âge puisse se représenter ce qui l’attend en termes de sexualité. On le voit bien chez les enfants victimes de violences, notamment sexuelles : leur rapport au corps, aux orifices, leur permet difficilement de désigner l’acte subi.

samedi 18 novembre 2017

Le tour du monde de la psychanalyse en 89 entrées

Par Virginie Bloch-Lainé — 

Puisque les «Dictionnaires amoureux» ne sont pas tenus à l’exhaustivité, l’historienne Elisabeth Roudinesco propose une promenade buissonnière et foisonnante, de Vienne à Paris en passant par New York et Buenos Aires.

Elisabeth Roudinesco, en 2009 à Paris.
Elisabeth Roudinesco, en 2009 à Paris. 
Photo Miguel Medina. AFP

Il s’ouvre sur «Amour», mais il aurait pu commencer par «Angoisse». Le mot d’ailleurs est la seconde entrée de ce dictionnaire, et «la question de l’angoisse, comme celle de l’amour, est centrale dans la doctrine psychanalytique»,rappelle Elisabeth Roudinesco.


Santé mentale et processus de rétablissement

Présentation de l'ouvrage : Le  terme de « rétablissement », après avoir été imposé par les usagers qui s’opposaient à une certaine conception de la psychiatrie qu’ils récusaient, semble aujourd’hui pouvoir fédérer usagers et praticiens de toutes obédiences autour de projets communs portés par une  volonté partagée d'enrichissement, voire de renouvellement des pratiques et des liens unissant les uns et les autres.
Ce livre tente de faire le point sur ce moment particulier en donnant la parole à des usagers et à des professionnels se référant à des modèles théoriques différents. Sil pouvait contribuer à apporter sa pierre en vue de fédérer des pratiques autour de valeurs communes, il aurait atteint son but. Ouvrage collectif, sous la direction de Jean-Paul Arveiller, Bernard Durand et Brice Martin.




vendredi 17 novembre 2017

Il n’y aura pas de spots en faveur d’Exit à la télévision alémanique

SUISSE   Par Judith Mayencourt   29.10.2017


Assistance au suicideLe diffuseur public SRF ne veut pas diffuser les pubs de l’association. Motif: cela heurterait la sensibilité des téléspectateurs.


La très populaire conseillère aux Etats socialiste bâloise Anita Fetz a toujours décidé elle-même de sa vie. Et elle veut pouvoir en faire de même en ce qui concerne sa mort. Et ce credo, elle l’explique face caméra, dans un clip télévisé. Pas de grands effets techniques, juste une profession de foi personnelle de la part de 5 personnalités alémaniques: tel était le concept de la campagne de publicité d’Exit.
Tout était prêt à être diffusé dès ce lundi. Mais la SRF a dit non, révélait ce dimanche la SonntagsZeitung. Motif invoqué par le diffuseur de service public alémanique: l’assistance au suicide est un thème de société très controversé. De tels clips seraient donc de nature à heurter la sensibilité d’une partie du public.

Vers un atlas des cellules humaines

Biologie - La Fondation Chan Zuckerberg lance une initiative visant à caractériser l’ensemble des types cellulaires de l’espèce humaine. C’est le Human Cell Atlas Project, « Atlas des cellules humaines ». Une équipe niçoise y participe.

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO Par 

Dans cette section d’une bronchiole pulmonaire, les protéines cellulaires sont teintées en rouge (actine globulaire), en vert (active filamenteuse) et en bleu (actine de muscle lisse).
Dans cette section d’une bronchiole pulmonaire, les protéines cellulaires sont teintées en rouge (actine globulaire), en vert (active filamenteuse) et en bleu (actine de muscle lisse). R. Bick, B. Poindexter, UT medical school/SPL/Cosmos


C’est l’un de ces projets ­gigantesques, compilant de manière exhaustive des masses de données pour permettre des percées scientifiques. Après le Projet génome humain, les divers programmes américain et européen sur le cerveau, un nouveau consortium inter­national voit le jour ces jours-ci : le Human Cell Atlas Project (HCA, « Atlas des cellules humaines »).

Financé par la Chan Zuckerberg Initiative (CZI) pour un montant non rendu public, il démarre avec 38 projets pilotes, émanant de huit pays – dont la France pour l’un d’entre eux –, sur quatre continents. Il s’agit de bâtir les outils et les technologies nécessaires pour recenser l’ensemble des types de cellule qu’abrite un corps humain. Ils sont répartis dans six catégories : cerveau, système immunitaire, manipulation et traitement des tissus, appareil gastro-intestinal, peau, et développement de technologies. Un jury international associant scientifiques de la CZI et experts extérieurs a examiné 481 propositions. Les deux chefs de file du HCA sont deux femmes : Aviv Regev (Broad Institute of MIT and Harvard, Etats-Unis) et Sarah Teichmann (Wellcome Trust Sanger Institute, Royaume-Uni).

A Villeurbanne, on soulage les aidants

Dans la banlieue de Lyon, un lieu accueille ponctuellement des malades sans autonomie pour permettre à leurs proches de souffler un peu.

LE MONDE  | Par 

Une patiente souffrant d’Alzheimer avec sa fille.
Une patiente souffrant d’Alzheimer avec sa fille. Ursula Markus/BSIP


Un port d’attache au milieu de la tempête. C’est ainsi que Pascale Bailly aime décrire la structure qu’elle a ouverte voilà trois ans à Villeurbanne (Rhône). Ce port d’attache nommé « Lieu de répit-accueil séquentiel », doté de seulement cinq chambres, propose d’héberger les malades souffrant de pathologies neurodégénératives, type Alzheimer, pour une durée fixe de trois jours et deux nuits. Et toujours du mardi matin au jeudi après-midi. Une quarantaine de malades, de 61 ans à 94 ans, bénéficient régulièrement de ce service, aussi précieux que rare.


Trois jours et deux nuits de répit


Ce jeudi matin, la salle principale est encore calme. Une serviette autour du cou, deux résidents prennent leur petit déjeuner côte à côte, chacun face à son plateau… et face à ses démons : pour l’un, que faire de cette biscotte ? ; pour l’autre, comment parvenir à la prendre sans la casser ? L’aide-soignante s’approche. Elle accompagne le geste du premier, apaise la main du second et meuble les silences. Et même si tout, du linoléum orange à la rampe du couloir, indique l’usage collectif des lieux, un supplément d’âme transperce. « Nous avons voulu inventer un mode d’hébergement intermédiaire, une transition douce entre le domicile et l’Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes]. Nous pensons être les seuls à proposer ce système d’accueil, au moins dans le Rhône », explique Pascale Bailly, psychologue et ­gérontologue de formation, qui dirige l’établissement.


Sexualité : problèmes d’hommes, problèmes de femmes

Manque de désir, troubles de l’érection ou éjaculation précoce… Les problèmes sexuels ne sauraient se résumer à des dysfonctionnements physiques pour les hommes et relationnels pour les femmes, explique la chroniqueuse de « La Matinale du Monde », Maïa Mazaurette.

LE MONDE  | Par 

JOE RAEDLE / AFP


LE SEXE SELON MAÏA


68 % des Français sont satisfaits de leur vie sexuelle (IFOP, 2013). Côté positif, ce pourcentage ne laisse sur le carreau « que » 22 % de mécontents, auxquels s’ajoutent 10 % de purs esprits n’ayant aucune vie sexuelle. On peut cependant voir le verre à moitié vide : ne sommes-nous pas au troisième millénaire, temps de tous les plaisirs, de toutes les sursollicitations visuelles ? Nous n’avons jamais aussi facilement partagé notre technique érotique, nous disposons d’outils toujours renouvelés pour nous rendre désirables, nous croulons sous les stratégies pour trouver des partenaires adultes et vaccinés, nous sommes à deux clics de centaines de sextoys efficaces, notre machinerie biologique est incroyablement bien adaptée au plaisir… 

Au regard d’un contexte aussi favorable, un tiers de laissés-pour-compte, c’est beaucoup. Il semble que nous ayons un gros problème sexuel, et même plusieurs. Quels sont-ils, et quand ça coince, où gratter ?

En Angleterre, une toute récente étude portant sur 5 000 personnes démontre qu’un tiers des sondés a déjà eu des problèmes sexuels. Leurs interlocuteurs spécialisés (sexologues, thérapeutes) rapportent une augmentation des dysfonctionnements physiques (+ 24 %) et des soucis liés à la consommation de pornographie (+ 47 %) – même s’il est impossible d’affirmer si c’est le nombre de complications qui prend de l’ampleur, ou seulement l’aisance avec laquelle on consulte un spécialiste.

Qui sont les grands malheureux ? Plutôt les hommes que les femmes, et sans surprise, plutôt les personnes malades et les parents – notamment les parents d’adolescents.


Education : « Le bien-être s’enseigne et se cultive » (sic !)

Selon Richard J. Davidson, chercheur en psychologie, le cerveau de l’enfant peut se former aux émotions.

LE MONDE | 

Richard J. Davidson ©UW-Madison University Communications. Photo by: Jeff Miller.
Richard J. Davidson ©UW-Madison University Communications. Photo by: Jeff Miller. Jeff Miller/U of Wisconsin-Madison
Directeur du Center for Healthy Minds de l’université de Madison (Etats-Unis), où il est professeur de psychologie et psychiatrie, Richard J. Davidson a ­réalisé d’importants travaux sur les émotions et le cerveau, qu’il perçoit comme un muscle capable de changer intentionnellement.

Sur quoi vous appuyez-vous ­pour ­affirmer que le bien-être s’apprend comme le vélo ou le piano ?

Le travail de notre laboratoire et celui d’autres scientifiques du monde entier nous aident à comprendre le fonctionnement de l’esprit et à déterminer des stratégies pour améliorer notre bien-être émotionnel et physique. La ­recherche sur le cerveau et l’ensemble du corps nous apporte de plus en plus de preuves permettant d’affirmer que le bien-être est une compétence. Le ­concept de neuroplasticité – c’est-à-dire le fait que nos expériences ­façonnent de nouvelles connexions dans notre cerveau – permet de ­regarder le cerveau comme un muscle qui peut être exercé comme n’importe quel autre muscle de notre corps.

Nous pouvons changer intentionnellement et littéralement notre cerveau. Tout comme nous pouvons apprendre le piano ou le vélo, la pratique de la ­méditation offre l’opportunité de « construire » de saines habitudes de fonctionnement de notre cerveau de nature à améliorer notre bien-être.

De l’influence des djinns en psychiatrie

30/10/2017


Une proportion importante des immigrants de confession musulmane aux États-Unis sont des réfugiés fuyant des zones de conflits armés, rappelle le Journal of The American Academy Of Child & Adolescent Psychiatry. Et certains sujets cumulent trois sources de souffrances : les traumatismes liés au conflit motivant leur démarche migratoire, le stress de cette migration proprement dite, et les difficultés qu’elle entraîne, en particulier en termes d’acculturation ou/et d’exposition éventuelle à un contexte raciste.

Imagine mon handicap

17/11/2017

#imaginemonhandicap |En France, 500 000 personnes handicapées sont au chômage. Une loi oblige depuis 1987 les entreprises d'au moins 20 salariés à embaucher 6% de personnes handicapées, mais leur intégration dans le monde du travail progresse lentement. Pourtant, les portraits que nous dressons ici forcent l'admiration.

Hakim Kasmi travaille depuis dix ans pour la rédaction de France Culture. Il est l'un de ceux qui se sont confiés à notre micro
Hakim Kasmi travaille depuis dix ans pour la rédaction de France Culture. Il est l'un de ceux qui se sont confiés à notre micro Crédits : Tara Schlegel - Radio France
L'emploi des personnes en situation de handicap progresse trop lentement en France. Trouver un travail est - pour cette frange de la population - deux fois plus difficile que pour une personne valide. Leur taux de chômage dépasse les 18%, et, malgré une loi contraignante qui a déjà trente ans, la situation progresse très lentement. 

« L’obligation d’emploi de personnes en situation de handicap a atteint ses limites »

Alain Rochon, président de l’Association des paralysés de France, explique pourquoi la seule pression sur les entreprises ne suffit pas.

LE MONDE ECONOMIE |  | Propos recueillis par 


Alain Rochon, président de l’Association des paralysés de France.

Alain Rochon, président de l’Association des paralysés de France. APF


Le président de l’Association des paralysés de France (APF), Alain ­Rochon, présente le bilan « emploi » des personnes en situation de handicap, à la veille de la 21e Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, qui se tient du 13 au 19 novembre. Il évoque des pistes pour redresser la situation.

Le taux de chômage commence à baisser en France, la croissance du PIB augmente, qu’en est-il pour les personnes ­en situation de handicap ?

Le constat est amer : le nombre de demandeurs d’emploi en situation de handicap ne cesse de progresser alors que leur taux d’emploi reste à la traîne. Seul un tiers est dans l’emploi, contre deux tiers pour les valides. Dans le secteur privé, le taux d’emploi des personnes en situation de handicap atteint péniblement les 3,3 % au lieu du quota de 6 % des effectifs requis par la loi de 1987 pour les entreprises d’au moins 20 salariés. Le secteur public fait un peu mieux avec un taux d’emploi de 5,17 %, mais avec des modalités de décompte différentes.

Enfin, 8 % des entreprises n’emploient aucune personne en situation de handicap et préfèrent payer. Elles doivent, en effet, verser une contribution à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) si elles ne répondent pas, en tout ou en partie, à l’obligation légale.

Gaston Chaissac : Chroniques d’une incessante cueillette artistique

Par 16-11-2017

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Les dessins de Gaston Chaissac sont à découvrir au MASC en Vendée.

Le musée de l’abbaye de Sainte-Croix (MASC) aux Sables-d'Olonne, en Vendée, consacre jusqu’au 14 janvier une très belle et bouleversante rétrospective à l’œuvre de Gaston Chaissac. Grâce au récent prêt de la fille de cet artiste hors-norme, son travail coloré et rieur retrouve enfin un peu de lumière. Peintre marginal, voire marginalisé, Gaston Chaissac était bien un artiste érudit, perpétuel enthousiaste cueilleur d’idées dans la campagne vendéenne.





Il en faut peu pour qu’une vie bascule dans l’art. C’est avec une émotion intacte qu’Annie Raison, la fille de Gaston Chaissac, parle de la trajectoire improbable de son père. « Papa a été amené à faire ce travail de proche en proche, en douceur, comme une évidence. A partir du moment où il a rencontré Otto Freundlich, il a compris qu’il pouvait organiser sa vie autour de quelque chose qu’il aimerait. » On est dans les années 1930, le jeune Gaston Chaissac, après avoir quitté une famille disloquée dans l’Yonne, trouve refuge, en raison de sa santé fragile, chez son frère à Paris. Espiègle, il va tout faire pour éviter un petit emploi à la cordonnerie familiale afin de s’épanouir dans l’atelier artistique des voisins du dessous, rue Henri-Barbusse. « Chez Otto et Jeanne Kosnick-Kloss, il y avait de la lumière toute la nuit ! C’étaient des artistes et mon père s’est réfugié là-bas. Otto vivait dans un dénuement total. Mon père a vu quelqu’un qui vivait dans la misère, mais qui réalisait des choses extraordinaires. »

La convention collective qui déchire Neuchâtel

 11 novembre 2017



Faut-il maintenir la convention collective de travail Santé 21? A l’approche de la votation cantonale du 26 novembre, la question oppose la gauche et la droite du canton. Le Conseil d’Etat est pris entre deux feux

Dans le canton de Neuchâtel, des affiches représentant des cœurs sanguinolents et des visages d’infirmiers annoncent la couleur. La santé revient au premier plan du débat politique à l’occasion de la votation du 26 novembre. Les électeurs devront décider du maintien de l’actuelle convention collective de travail (CCT) Santé 21. Celle-ci couvre 5700 employés, dans un canton où plus d’une personne sur dix travaille dans le domaine de la santé.


Le cerveau est une machine comme une autre

La philosophe Catherine Malabou a longtemps cru à l’existence d’une frontière entre cerveau et machines, qu’elle juge désormais poreuse, et bientôt abolie.

LE MONDE  | Par 

VICTOR DE SCHWANBERG/SPL/COSMOS


Un philosophe peut-il reconnaître ses erreurs ? Le cas est rare. On préfère généralement adoucir les mutations de sa pensée, les présenter sous le signe d’une progression linéaire plutôt que de réfuter ses propres thèses. C’est pourtant ce que fait Catherine Malabou, professeure à l’université de Kingston (Royaume-Uni), qui propose dans son nouveau livre une critique sans ménagement de l’un de ses essais les plus importants, Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2004).

Continuité dans le thème, rupture dans les idées. Le nouvel essai de la philosophe s’inscrit dans la suite logique de son parcours de recherche. Après avoir écrit une thèse sur le concept de plasticité chez Hegel, elle s’est naturellement tournée vers les neurosciences, où cette notion occupe une place centrale dans la description de notre système nerveux. L’étape suivante s’est imposée d’elle-même – de la réflexion sur les relations entre l’esprit et le cerveau, le symbolique et le vivant, au questionnement des rapports entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine.