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mardi 28 octobre 2014

«Les 39» veulent sortir du trio contention-isolement-médication

27 OCTOBRE 2014

Ils sont là, présents. Ne désertent pas. Fatigués sûrement, mais avec une volonté intacte de ne pas s’habituer. Ils, ce sont «les 39», un collectif créé peu après le discours, en décembre 2008, du président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy ; celui-ci, visitant un hôpital psychiatrique à Antony (Hauts-de-Seine), avait développé le souhait d’une prise en charge très sécuritaire de la folie. Depuis ce jour, les 39 résistent, formant un groupe peu banal de psychiatres, de psychologues, de patients, mais aussi de parents de malades. Ils hésitent parfois sur la stratégie, s’engueulent souvent, mais se retrouvent dans le souci de résister à la normalisation ambiante qui veut que la folie se résume à des symptômes et son traitement à une simple prise de médicaments.
«Aujourd’hui, on ne peut pas rester dans un seul discours de résistance, il faut passer le cap», lâche Hervé Bokobza, qui fut l’initiateur du collectif. Ils vont tenir un «meeting» samedi à Montreuil (1), près de Paris, comme on tient une table ouverte. Avec une foule variée d’intervenants.
 «Fédérons nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience», dit la banderole d’appel. Des mots, en somme, pour combattre la difficulté du moment. «Les patients se disent parfois infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement», note un texte d’appel au meeting.
Récemment, au sein des 39, s’est créé «le fil conducteur», un groupe de parents et de soignants qui travaillent ensemble. Ce «fil conducteur» lance, lui aussi, un manifeste qui démarre par ce constat : «Les familles sont plongées brutalement dans l’univers de la psychiatrie. Lors d’une hospitalisation pour le moins traumatisante d’un enfant, d’un être cher, elles ne trouvent, le plus souvent, ni soutien ni interlocuteur. Tenues à l’écart, sans explications aucune sur ce qu’est une maladie psychique, elles assistent, impuissantes, à l’enfermement, à l’isolement de leurs proches, puis au parcours décousu et chaotique de soins… Nous ne voulons pas d’un parcours de soins exclusivement réduit au trio contention-isolement-médication…»
Que faire, donc, pour alléger ce paysage psychiatrique ? «Ouvrons de toute urgence le débat public, national et citoyen, réaffirment les 39. Nous le ferons avec tous ceux qui ne veulent pas cesser de se réinventer, de rêver, de créer… Afin que puisse s’élaborer l’écriture d’une loi-cadre en psychiatrie, une loi dont tous les patients, les familles, les soignants ont un besoin immédiat.»
(1) Le 1er novembre à la Maison de l’arbre à Montreuil, de 9 h à 19 h.www.collectifpsychiatrie.fr
Par Éric Favereau

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