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jeudi 12 décembre 2013

Ubuesque docilité chinoise

LE MONDE |  • Mis à jour le  |

"Les élèves de ces pays travaillent beaucoup plus que les nôtres, analyse Jean-Rémi Girard, secrétaire général à la pédagogie du SNALC. Cela vaut pour la Chine, mais aussi pour la Corée du Sud, où dès le primaire ils étudient autant à l'école qu'en dehors, alors que les devoirs à la maison sont interdits chez nous
"Les élèves de ces pays travaillent beaucoup plus que les nôtres, analyse Jean-Rémi Girard, secrétaire général à la pédagogie du SNALC. Cela vaut pour la Chine, mais aussi pour la Corée du Sud, où dès le primaire ils étudient autant à l'école qu'en dehors, alors que les devoirs à la maison sont interdits chez nous | REUTERS/NIR ELIAS

La publication, le 4 décembre, du classement PISA sur l'éducation à travers le monde a suscité des réactions stupéfiantes en France. Stupéfiantes, pour un observateur chinois, s'entend… Des ministres ou anciens ministres de l'éducation, des spécialistes de l'école, des journalistes se sont succédé sur nos antennes pour se désoler de la baisse de niveau de notre éducation nationale française.
Presque tous les quotidiens, de droite comme de gauche, ont fustigé à l'unanimité l'éducation nationale en s'appuyant sur ce fameux classement PISA. Or un tel classement place Shanghaï, qui représente la Chine en l'occurrence, en tête de liste. J'ai l'impression que ce résultat a quelque peu glorifié, sans le vouloir, le système éducatif chinois et donné du crédit à un régime qui cherche avant tout à imposer ses méthodes de bourrage de crâne dans toutes les écoles en Chine.
Car la réalité de l'éducation chinoise telle que nous la connaissons est bien différente de ce que vous imaginez. Les Européens qui prônent l'efficacité de nos méthodes sont-ils au courant que, dans la moindre école élémentaire, le directeur doit impérativement accepter la surveillance constante d'un secrétaire du Parti ? Dans les universités, même les plus prestigieuses, les académiciens doivent orienter leurs recherches en fonction de sujets prédéfinis, et financés, par le ministère, c'est-à-dire le Parti.

ON ENSEIGNE LE NATIONALISME
Les professeurs récalcitrants ont de fortes chances d'être punis. En octobre, Xia Yeliang, professeur d'économie, s'est vu remercié par l'université de Pékin – un établissement qui s'approprie éternellement l'adjectif de « prestigieux » – pour ses « incompétences professionnelles ». Sait-on seulement que la vraie raison d'une telle sanction vient certainement du fait que ce professeur a tenu des propos audacieux sur la politique en Chine durant sa visite aux Etats-Unis quelques mois plus tôt ?
Je me considère assez bien placée pour donner mon humble point de vue sur la situation de l'éducation chinoise, qui est pour le moins alarmante. On y enseigne la valeur du travailler dur, certes, mais aussi, la docilité, parfois poussée jusqu'à l'absurde, le nationalisme, voire le chauvinisme avec des slogans serinés sur le « grand rêve chinois » que réclame sans cesse le président Xi Jinping.
Si la vulgarisation des textes canoniques confucéens est largement encouragée à l'école et dans les médias, c'est parce que le strict respect de l'ordre hiérarchique établi tel que l'a professé Confucius (551-479 av. J.-C.) arrange trop un Parti communiste en manque de légitimité pour gouverner.
Ces derniers temps, une nouvelle campagne fait rage, celle de l'éducation de la « reconnaissance », dans les écoles de l'empire du Milieu. Quand on voit des images sur lesquelles des centaines d'élèves d'un collège du Guangdong se mettent à genoux devant leurs parents dans la cour de récréation, ou ailleurs la même scène dans un établissement de Chongqing, où 300 lycéens s'agenouillent et lavent les pieds de leurs parents dans un élan de soumission collective, les excellents résultats en mathématiques obtenus par ces « bons enfants disciplinés » feront-ils encore rêver les experts occidentaux en pédagogie ?

Le nouvel homme fort de la Chine, Xi Jinping, avait envoyé sa fille unique faire des études à l'université Harvard aux Etats-Unis, un pays encore moins bien classé par PISA et même devancé par la France ! La rumeur a circulé parmi les internautes chinois que, malgré les appels de ses parents, Mlle Xi refuse de retourner étudier dans une université en Chine.

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