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mercredi 3 mars 2010

Le JDD
http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/La-grande-deprime-des-pedopsychiatres-175509/

La grande déprime des pédopsychiatres

En neuf ans les consultations de psy pour les jeunes ont augmenté de 7%. Troubles mentaux en hausse, parents plus inquiets... Dans le JDD, des psychiatres pour enfants tirent la signal d'alarme.

C’est un bon élève qui, soudain, campe la nuit devant la télé, "branché sur un autre fuseau horaire", et traîne les pieds pour aller au lycée. Un garçon d’ordinaire affectueux qui insulte ses parents et "fait régner la terreur" à la maison. "On ne reconnaissait pas notre bébé devenu un grand gars d’un mètre quatre-vingt. On a essayé de lui parler, de poser des limites mais rien ne marchait. Un jour, j’ai carrément eu envie de lui casser la gueule", se désole le père. Ce dernier a fini par comprendre que les bouffées de colère quotidiennes étaient le symptôme d’une véritable dépression, en partie causée par des angoisses scolaires. Les médecins ont conseillé une petite coupure avec le milieu familial et le couple a opté pour une hospitalisation dans un service spécialisé pour adolescents. "Le séjour, assez court, a fait du bien à mon fils. Heureusement, on a pu avoir une place mais ça n’a pas été facile. Un jour, on nous a laissé un message pour nous dire qu’un lit se libérait. Quand on a rappelé, il était déjà pris. Pourtant le cas de notre fils était urgent lui aussi ! On a dû patienter une semaine pendant laquelle on s’est inquiété. Après tout, il avait déjà fait une tentative de suicide."

Délais de prise en charge trop longs, centres d’accueil engorgés, dépistage tardif, le Conseil économique et social (CES) a pointé cette semaine dans un rapport les lacunes de la prise en charge des troubles psychiatriques chez l’enfant et l’adolescent. Selon le ministère de la Santé, le nombre de patients pris en charge par la pédopsychiatrie a augmenté de 7% depuis 2000. Rapporteur du texte et membre du CES, Jean-René Buisson a rencontré plusieurs pédopsychiatres qui tirent la sonnette d’alarme: leurs services sont saturés et les listes d’attente s’allongent. "Il y a un vrai problème: le délai moyen pour un premier rendez est de six mois à un an", dénonce Jean-René Buisson. Interrogés par le JDD, plusieurs chefs de service exerçant dans les hôpitaux publics confirment manquer de moyens humains pour accueillir correctement les familles.

"Le constat dressé par le rapport Buisson est un peu sévère parce que la pédopsychiatrie française est dans un bien meilleur état que dans d’autres pays mais il est vrai que nos équipes travaillent beaucoup, de façon intense, avec souvent l’impression de ne pas pouvoir faire de la qualité", observe la psychiatre nantaise Nicole Garret. "La pédopsychiatrie, c’est avant tout des moyens humains. Or on peine à obtenir des postes de psychologue, d’orthophoniste, de psychomotricien, alors que dans d’autres services hospitaliers, on investit dans des appareils très coûteux comme les scanners", renchérit Daniel Marcelli, chef du service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers (1).

"On court le risque de voir les choses s’aggraver"

Ces délais ne sont pas sans danger pour la santé des jeunes. "Un ado qui sèche l’école, passe des heures devant son ordinateur en refusant de sortir doit pouvoir exprimer son mal-être. Si on attend six mois pour obtenir un rendez-vous, on court le risque de voir les choses s’aggraver et même d’en arriver à des tentatives de suicide. La dépression d’un ado, ça se soigne assez facilement, à condition d’être prise en charge de façon précoce", prévient Marie-Rose Moro (2). La chef de service de la Maison des adolescents de Cochin, Maison de Solenn, le constate tristement: "Les pouvoirs publics sont conscients que nous manquons de moyens mais au moment de faire les arbitrages budgétaires, notre discipline est toujours la grande perdante."

Dans les cabinets privés, les parents se heurtent aux mêmes goulets d’étranglement. Marie-Noël Tardy, pédopsychiatre à Paris, est, elle aussi, débordée: "Dans mon cabinet, nous sommes six médecins, notre agenda est complet pour plusieurs mois. Nous gardons des créneaux pour les grandes urgences."

Dans son rapport, Jean-René Buisson fait part d’un certain nombre de préconisations pour améliorer la prévention et la prise en charge. Il insiste notamment sur l’urgence d’associer l’école au repérage précoce des troubles des élèves et réclame une revalorisation du rôle du médecin scolaire (augmentation du nombre de postes, révisions des grilles salariales). Le rapporteur suggère aussi de mieux former les enseignants au dépistage, de mettre en place des "psychologues référents" au niveau des académies et de mieux impliquer le médecin et les infirmiers scolaires. "Nous sommes un rouage indispensable, un premier filtre, souligne Corinne Vaillant, médecin de l’Education nationale. C’est à l’école que nous pouvons établir un prédiagnostic. Nous sommes de plus en plus sollicités, les problèmes en milieu scolaire émergent de façon explosive, d’où l’urgence d’agir le plus précocement possible."

(1) Il est permis d’obéir: l’obéissance n’est pas la soumission, Albin Michel.

(2) Nos enfants demain, pour une société multiculturelle, Odile Jacob.




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